Cette Story pilote met en scène Anna Morel, un personnage fictif créé par ToolTrim pour explorer les nouvelles manières de travailler.
Une designer indépendante construit un système où l’intelligence artificielle prend en charge la dispersion, sans prendre les décisions créatives à sa place.
« Mon travail n’est pas de produire le plus d’images possible. C’est de savoir laquelle mérite d’exister. »
Anna Morel, designer de marque indépendante
Retrouver du temps pour regarder
Le bureau d’Anna donne sur une rue calme du septième arrondissement de Lyon. Sur le mur, quelques photographies, des fragments d’emballages et des feuilles imprimées forment une composition provisoire.
Rien n’est parfaitement aligné.
Anna préfère cela. Elle déplace régulièrement les éléments, en retire certains et laisse volontairement des espaces vides. Lorsqu’elle prépare une nouvelle identité de marque, elle commence rarement dans Figma.
Elle commence par regarder.
Pendant plusieurs jours, elle rassemble les mots employés par les fondateurs, les images auxquelles ils reviennent et les contradictions qu’ils ne remarquent pas encore. Elle photographie une devanture, enregistre une phrase entendue pendant un entretien ou conserve la couleur d’un ticket trouvé dans un café.
Cette matière forme le début du projet.
Pendant longtemps, elle la dispersait entre ses carnets, ses messages, ses dossiers Drive et plusieurs pages Notion. Une photographie pouvait rester dans son téléphone tandis que la phrase qui lui donnait du sens se trouvait dans une transcription d’entretien.
Elle possédait toutes les pièces, mais devait les retrouver avant de pouvoir les assembler.
« Je croyais manquer de temps pour créer. En réalité, je passais surtout mon temps à reconstruire le contexte. »
Anna Morel
Construire un système avant d’ajouter de l’IA
Anna n’a pas commencé par chercher un outil capable de générer des logos.
Elle a commencé par dessiner le parcours d’un projet.
Un brief arrivait par mail. Les entretiens étaient enregistrés, puis transcrits. Les références visuelles s’accumulaient dans plusieurs dossiers. Les premières explorations apparaissaient dans Figma. Les commentaires du client arrivaient ensuite par mail, en visioconférence et parfois directement dans le fichier.
Chaque outil fonctionnait correctement. Le problème se trouvait entre eux.
Anna a repris ce parcours étape par étape. Pour chacune, elle a choisi un lieu de référence.
Les entretiens restent dans Drive. Les décisions validées vivent dans Notion. Figma contient les explorations visuelles et les livrables. Loom sert à présenter une direction lorsqu’une réunion n’est pas nécessaire.
Claude intervient entre la collecte et la conception.
Anna lui transmet les transcriptions, le brief et les notes du projet. Elle ne lui demande pas de trouver un concept. Elle lui demande de relever les mots récurrents, les contradictions et les questions auxquelles le brief ne répond pas encore.
Le résultat n’est jamais présenté au client. Il devient une surface de travail.
« L’IA ne me donne pas la direction. Elle m’aide à voir les endroits où je n’ai pas encore suffisamment regardé. »
Anna Morel

Une stack qui suit le projet
La stack d’Anna contient peu de surprises. Sa valeur vient de la place précise occupée par chaque outil.
| Moment du projet | Outil principal | Rôle |
|---|---|---|
| Recevoir le brief | Gmail | Conserver la demande initiale |
| Mener les entretiens | Meet | Capturer les paroles du client |
| Archiver les sources | Google Drive | Maintenir les fichiers de référence |
| Analyser la matière | Claude | Repérer les tensions et les questions |
| Concevoir | Figma | Explorer et produire |
| Présenter | Loom | Expliquer le raisonnement |
| Valider | Notion | Centraliser les décisions |
| Livrer | Google Drive | Conserver la version finale |
Anna n’essaie pas d’automatiser tous les passages.
Lorsqu’un entretien est terminé, la transcription rejoint automatiquement le dossier du projet. Un résumé provisoire est préparé. Les décisions ne sont toutefois ajoutées dans Notion qu’après sa validation.
Le système fait circuler l’information. Anna conserve le contrôle de ce qu’elle signifie.
Produire davantage n’est plus le problème
Les outils génératifs ont profondément modifié l’exploration visuelle.
En quelques minutes, Anna peut tester une ambiance, simuler une direction photographique ou confronter plusieurs univers graphiques. Ce qui demandait autrefois une demi-journée peut devenir une première exploration rapide.
Mais cette abondance crée un nouveau problème.
Lorsque cinquante images semblent acceptables, la difficulté n’est plus de produire. Elle est de choisir.
Anna a donc introduit une règle : aucune image générée n’entre directement dans une présentation client.
Elle peut servir de référence, révéler une composition ou permettre de tester une intuition. Elle doit ensuite être retravaillée, contextualisée et confrontée à l’identité réelle de l’entreprise.
« Une image peut être belle et totalement inutile. Si elle pourrait appartenir à dix autres marques, elle ne résout rien. »
Anna Morel
Son processus est devenu plus rapide dans certaines étapes, mais plus exigeant dans d’autres.
Elle produit davantage de pistes. Elle en montre moins.
Ce qu’Anna refuse d’automatiser
Certaines décisions restent volontairement en dehors du système.
Anna ne délègue pas la sélection finale d’une direction. Elle ne laisse pas un outil rédiger seul la présentation qui accompagne un concept. Elle ne publie aucune image sans vérifier sa provenance et la possibilité de l’utiliser.
Elle refuse également d’automatiser les retours clients.
Un commentaire comme « cela manque d’énergie » ne devient pas automatiquement une tâche. Il doit d’abord être interprété.
Le client parle-t-il de la couleur, du rythme, de la typographie ou de sa propre hésitation face au changement ?
Transformer trop vite une réaction en action peut faire gagner quelques minutes et faire perdre la direction du projet.
« Les décisions les plus importantes sont souvent cachées dans des phrases imprécises. Je ne veux pas les confier à un système qui cherche seulement à les rendre exécutables. »
Anna Morel
La valeur du designer se déplace
Pendant longtemps, une partie importante du travail créatif reposait sur la capacité à produire.
Maîtriser les logiciels, construire rapidement une maquette et présenter plusieurs pistes créaient une différence visible entre un professionnel et un amateur.
L’intelligence artificielle réduit progressivement cette distance.
Produire une image correcte devient accessible. Générer une présentation cohérente devient plus simple. Explorer plusieurs directions demande moins de temps.
Cela ne rend pas le designer inutile. Cela déplace sa valeur.
Le métier se concentre davantage sur :
- la qualité des questions posées ;
- la sélection des informations importantes ;
- la capacité à reconnaître une idée générique ;
- la cohérence entre une marque et ses décisions ;
- l’explication d’un choix ;
- la responsabilité du résultat final.
Anna ne se décrit plus seulement comme une personne qui conçoit des identités visuelles. Elle construit les conditions dans lesquelles une organisation peut se reconnaître et prendre des décisions cohérentes.
L’image finale reste importante. Le système qui permet d’y arriver le devient tout autant.
Ce que vous pouvez appliquer cette semaine
Rassemblez la matière avant de générer
Avant d’ouvrir un outil d’IA, réunissez les sources originales du projet : les paroles du client, les documents existants, les retours utilisateurs, les références photographiques et les décisions déjà prises.
Une IA nourrie uniquement par un brief générique produira probablement une réponse générique.
Demandez des questions, pas seulement des réponses
Utilisez l’IA pour révéler les zones floues.
Vous pouvez lui demander :
À partir de ces entretiens, identifie les contradictions, les mots employés avec plusieurs significations et les questions auxquelles le brief ne répond pas.
Cette demande est souvent plus utile que « propose-moi cinq concepts ».
Séparez exploration et validation
Une image générée peut ouvrir une piste. Elle ne doit pas automatiquement devenir une décision.
Créez un espace d’exploration où le volume est autorisé, puis un espace de validation où chaque élément doit être justifié.
Donnez un rôle unique à chaque outil
Si une décision peut se trouver dans un mail, une page Notion et un commentaire Figma, personne ne sait plus quelle version fait autorité.
Choisissez un seul lieu pour les décisions validées.
Conservez une étape sans suggestion automatique
Anna garde toujours un moment où elle travaille sans génération, recommandation ou résumé.
Elle relit les entretiens, manipule les références et écrit ses propres observations.
Ce silence permet de distinguer ce qu’elle pense de ce que le système lui propose.
Les outils deviennent plus puissants. Le regard devient plus rare.
L’intelligence artificielle permet déjà à une personne seule de produire ce qui demandait autrefois plusieurs spécialistes.
Anna peut analyser davantage de matière, explorer plus rapidement et présenter ses décisions avec plus de clarté. Son activité ressemble parfois à celle d’un petit studio.
Pourtant, elle ne cherche pas à tout faire seule.
Elle travaille encore avec des photographes, des développeurs et des rédacteurs lorsque leur regard apporte quelque chose que son système ne peut pas produire.
La technologie ne transforme pas son activité en usine autonome. Elle lui permet de choisir plus précisément où la collaboration humaine devient précieuse.

C’est peut-être là que se trouve l’évolution la plus importante.
Les indépendants de demain ne seront pas seulement jugés sur ce qu’ils savent produire. Ils seront jugés sur leur capacité à construire un système, à diriger des outils et à reconnaître les moments où une autre personne doit entrer dans le processus.
Concevoir une manière de travailler
À la fin de la journée, Anna ferme Figma avant de ranger le mur.
Certaines images resteront pour le lendemain. D’autres disparaîtront. Une phrase issue d’un entretien occupe maintenant le centre de la composition.
Elle n’a pas été générée. Elle était présente depuis le premier jour, cachée dans plusieurs heures de conversation.
Le système a aidé Anna à la retrouver.
Le choix de la conserver lui appartient.
« Je ne veux pas que l’IA crée à ma place. Je veux qu’elle m’aide à rester plus longtemps dans les questions qui comptent. »
Anna Morel
Les indépendants inventent ce que les outils peuvent devenir
Chaque transformation du travail prend forme à travers les personnes qui choisissent de construire avec elle.